Ah, l'importance de la forme sur la pensée !

sep 02, 2015 / 1 comments

En tant qu'apothicaire, je dis souvent : "Trouver une plante médicinale c’est simple : il suffit de se baisser ! ». Mais en pratique, le législateur a (beaucoup) compliqué la donne. Mais pour protéger qui ? Le consommateur ?

Tout d’abord, il n’y a pas de définition de la plante médicinale, simplement des plantes « inscrites » à la pharmacopée. Alors, quand je veux donner un conseil médicinal à un patient, c’est un peu la roulette russe : la prêle est inscrite, l’ortie non ; l’artichaut oui, la desmodium non, etc... C’est cette liste qui définit les plantes dont la vente est réservée aux pharmaciens et aux herboristes mais comme ces derniers n’existent plus depuis la suppression de leur diplôme en 1941, voilà une belle rente de monopole pour les pharmaciens.

Mais heureusement qu’il y a les bons vieux décrets d’exception à la française qui autorisent la vente libre de certaines plantes inscrites : je n'ai pas besoin d'être dans une pharmacie pour vendre de l’anis. Ouf le pain d’épice est sauf !

Pour faire encore plus simple : on est pharmacien parce qu’on est docteur en pharmacie et que l’on est inscrit à l’ordre des pharmaciens. Mais moi, en tant qu’apothicaire, je ne peux pas avoir le titre de pharmacien, même si je suis docteur en pharmacie et il n’est pas possible de s’inscrire à l'ordre des pharmaciens si l’on travaille dans une herboristerie. Si ce n’est pas du corporatisme ça !

Les choses se corsent encore : plus que le fond, c’est maintenant la forme qui semble compter. Et oui, « en l’état », donc juste séchées, je peux vendre librement seulement 148 plantes de la pharmacopées. Par contre, sous forme de compléments alimentaires (la même plante réduite en poudre et mise en sachet-dose par exemple), c’est plus de 600 plantes qui sont autorisées. Ne me demandez pas pourquoi un emballage de l’industrie alimentaire ou l’enseigne « établissement pharmaceutique », protègent-ils mieux le consommateur qu'un docteur en pharmacie dans une herboristerie spécialisée ?"

Texte par : Stéphane Rossi
Photo par : Jérôme Tripier-Mondancin
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