CDG1 - Les gens de la rue ont des choses à dire

mar 29, 2014 / 0 comments

Étudiante, j'ai participé à une réunion sur les droits des sans-abris et des roms (1). Une jeune militante, qui a connu la rue, a poussé un coup de gueule qui m'a interpellé. En voici quelques extraits : 

«J'accuse les pouvoirs publics de fermer la bouche aux hébergés. Je souhaite lutter avec les gens et non pour eux. Je veux pouvoir gueuler là où on ne parle que de paperasses. Les gens de la rue ne sont pas que des dossiers, ils ont des choses à dire.
Les méthodes auxquelles recourent les pouvoirs publics pour se débarrasser de la «patate chaude» que sont les sans-abris sont parfois à la limite de la légalité: dans les «bidonvilles» grenoblois, les collectivités, en n'assurant pas aux personnes des conditions de vie et d'hygiène décentes (pas de poubelles par exemple), précarisent ces lieux, puis utilisent cette précarité comme motif d'expulsion et de destruction des camps (voire encart). 

On accuse les sans-abris de refuser les aides et les processus de relogement. Mais en fait, les aides sont souvent mal adaptées aux situations. Par exemple, dans la majorité des centres d'hébergement d'urgence, les personnes ont l'interdiction de recevoir des membres de leur famille ou des gens de l'extérieur. Elles refusent les propositions d'hébergement d'urgence car elles ne veulent pas quitter leur cercle d'amis. Moi-même, quand je vais apporter mon soutien aux hébergés du foyer de Pont-de-Claix, je me fais régulièrement mettre dehors. Pourtant, je considère que je joue le même rôle que les centres d'action sociale. Je donne des petits conseils, je passe des numéros de téléphone. L'autre jour, j'ai rencontré une famille qui n'avait pas d'avocat! C'est pourtant le rôle du CCAS d'attribuer un avocat aux familles hébergées. 
Ces personnes craignent l'isolement et la solitude, mais ont aussi peur. Les forces publiques exercent d'ailleurs une pression en leur disant de se préparer aux expulsions, à la fin de la trêve … cette peur constante pèse sur ces personnes, et les empêche de se battre pour leurs droits et le respect de la loi. 
Les pouvoirs publics sont détachés d'une certaine réalité, celle de la rue. Ce décalage s'exprime au travers de la solution qu'ils choisissent pour loger les sans-abris: l'hôtel. Il ne permet pas aux personnes de faire la cuisine ni la lessive et coûte des sommes astronomiques.Tout l'argent dépensé en nuits d'hôtel pourrait servir à accompagner les personnes, pour, à long terme, les sortir de la rue». 
Il faut une procédure de justice pour… Mais une mairie ou le préfet peuvent prendre la décision d'expulsion pour des motifs de danger imminent ou de menace à la salubrité ou la sécurité publiques (Gisti.org). 

Texte par : Amélie (23 ans)
Photo par : Julien Beneyton - U can't touch this, la Fabric Fondation Salomon 2015
(1) Conférence sur la fin de la trêve hivernale organisée notamment par le collectif « la Patate Chaude » au printemps 2015

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