Guérie par mon second cancer ? Oui ! Et pourtant …

déc 22, 2015 / 0 comments

Guérie par mon second cancer ? Oui ! Et pourtant …

Un instant, j’ai douté. « Accueille ta douleur, car tu apprendras d’elle. » écrivait le poète latin Ovide. Ce que j’ai fait.
CHU de Grenoble- 27 décembre 2013

Aujourd’hui, noces de lapis-lazuli pour mes parents : 56 ans de mariage. Ce devait être un jour de fête.
Aujourd’hui, verdict de l’oncologue qui traite Maman : de quatre à six mois de vie. Un cancer des bronches sur lequel les chimio n’ont aucun effet. Il n’y a rien à faire. Sur le parvis de l’hôpital, mon père et moi ne disons mot, ravalant les larmes qui nous étouffent. Je passe mon bras sous le sien, chose inouïe, jamais faite jusqu’à présent. Besoin de resserrer les liens, de se tenir chaud en cet instant terrible. Nous désirions connaitre la vérité. Elle nous laisse pantelants et hagards. Ma mère, ma sœur et moi… A nous trois, nous l’avons pourtant vaincu cinq fois ! Et c’est lui, le crabe, qui va avoir le dernier mot ?! J’avais écrit un livre dans lequel je clamais que le second cancer avait guéri ma vie et le cancer allait emporter Maman. L’ironie était bien cruelle. Les principes sur lesquels je m’étais reconstruite n’avaient plus de sens et je redoutais de glisser à nouveau vers la dépression. Le chagrin m’avait engloutie. Il n’y avait plus d’issue. Une fois de plus. 
Néanmoins… Ma petite voix intérieure me soufflait de bien belles choses et mes visions persistaient à me faire voir un flot de lumière jaillir de la tumeur. Un dimanche, j’ai ressenti comme un revirement. Finie la passivité. Je n’étais plus la malade et pouvais être celle qui accompagnait un être cher vers la fin de son chemin de vie. Le grand défi? Apprendre à voir ce qui continuait, plutôt que ce qui finissait. Jouir de chaque instant qui nous était donné. Se dire que l’on s’aimait. Maman s’est éteinte dans mes bras une nuit de la fin août. Dans sa chambre, comme nous lui avions promis. Mes yeux n’ont pas quitté son regard, nos mains sont restées enlacées fort et je lui ai parlé jusqu’à son dernier souffle. Littéralement. J’ai retrouvé foi en ma guérison.

Texte : Annick Augier, peintre et auteur
Photo : Peinture d'Annick Augier

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