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VILLENEUVE : une vitrine pour la méthode Sarkozy

arlequin
La galerie de l'Arlequin, à la Villeneuve de Grenoble, était avant d'être réhabilitée, très colorée

 

Regards de Grenoblois : Jean-Michel ASSELIN, Jo BRIAND, Claude JAQUIER
 

6/ Déclaration de 51 habitant-e-s de la Villeneuve de Grenoble, d'origines diverses....
5/ Jo Briand : non à l'état de siège permanent
4/ Claude Jaquier : une régression sans précédent du pouvoir démocratique.
3/Jean-Michel Asselin se souvient de Jo Pyronnet
2/ Jo Briant dénonce
1/ Claude Jaquier analyse la nuit du 4 aout, et propose

Autres articles :
- "Les atteintes portées à la cohésion nationale par N.Sarkozy",  Ecrit par Marie-Odile Novelli, vice Présidente du conseil régional (politique de la ville, logement, solidarités-handicap)

 

 

 

6/ Déclaration de 51 habitant-e-s de la Villeneuve de Grenoble, d'origines diverses... Lire leur déclaration

 

5/ Trop, c'est trop, non à l'état de siège permanent

Déclaration de Jo Briant, habitant depuis toujours de la Villeneuve, ce mercredi 11 août
 
" Mardi 10 août: nouvelle- 6H du matin : nouvelle " descente" de la police( CRS, GIPN, CRS...) à la Villeneuve de Grenoble, soit disant pour rechercher les "auteurs des violences urbaines" de juillet dernier. Résultat: six interpellations de jeunes au jugé, dont 5 remis très vite en liberté... Une expédition punitive - toute une population est en effet prise en otage et terrorisée- pré-annoncée à la presse, avant tout pour communiquer aux medias et à l'opinion publique que le gouvernement est mobilisé pour traiter massivement "au karcher" les quartiers populaires qui seraient sources de "violences urbaines".
 
Trop, c'est trop... Depuis bientôt un mois, les onze mille habitants de la Villeneuve de Grenoble sont soumis à un véritable quadrillage policier, avec omniprésence policière notamment chaque nuit. Avec à la clé arrêt du tramway de 20H du soir à 7H du matin qui ne dessert plus notre quartier à ces heures là... Une stigmatisation, une criminalisation absolument insupportables qui ne font qu'aggraver la ghettoïsation et l'extrême souffrance sociale des femmes, des hommes, des jeunes, des enfants de notre quartier.
 
Faut-il rappeler que tant que les causes profondes de la situation actuelle, de la paupérisation accélérée de notre quartier depuis les années 85-90,  du chômage massif (30% de la population, 50% des jeunes), de l'absence de réelle mixité sociale, économique et culturelle, du prix de plus en plus inaccessible des loyers et des terrains du centre ville ( le nouveau quartier "branché, à haute valeur écologique" de Bonne, inauguré prochainement, n'est accessible qu'aux ingénieurs et cadres supérieurs...), les "problèmes" ne pourront que persister et s'aggraver. Nous nous sentons de plus abandonnés, littéralement livrés au contôle policier permanent, prisonniers d'une image de plus en plus négative qui nous est renvoyée en permanence de notre quartier. Un quartier que pourtant nous aimons, dont nous essayons de promouvoir modestement et quotidiennement le "mieux vivre ensemble"... Mais avec qui et avec quels moyens ? Je ne fais que traduire le désespoir et le sentiment d'abandon que me renvoient chaque jour les habitants de ce quartier....Nous nous réunissons à quelques uns, ferons connaître nos réactions et propositions...Une question obsédante: cette destruction, qui remonte à loin, est-elle réversible ? Un immense point d'interrogation...
Jo Briant

 

4/ Heureusement vient le temps du Ramadan !

Nouvelle opération massive de police en ce petit matin du 10 août à la Villeneuve de Grenoble après celle du 4 août jour de la visite du ministre Hortefeux. Les médias en étaient largement informés. Résultat : une opération plus spectaculaire qu’efficace qui se solde encore apparemment par un «flop» retentissant. Les gardés à vue du 4 août avaient été relâchés un peu plus de 24 h après, sur les 6 gardés à vue du 10 août, 5 l’ont été dans les 12 heures. Est-ce que cette mobilisation ostensible des forces publiques contribue vraiment aux objectifs assignés par les autorités publiques ? Agir ainsi, en faisant une annonce aux médias 12 h avant, ne ressemble pas vraiment à une approche responsable. Au mieux c’est de la com’ dont les effets seront nuisibles. Mais peut-être que tout le monde patauge ce qui confirme bien ce que nous disions dans nos chroniques précédentes : ce ne sont ni les lieux, ni les gens qu’il faut corriger, mais bien les institutions chargées de réguler nos territoires urbains qui elles sont profondément malades et qu’il faut soigner d’urgence.

Pendant ce temps-là, à quoi jouent les élus grenoblois ? Ils jouent à se renvoyer mutuellement les responsabilités par France 3 interposée. L’un : «C’est la faute de la mairie !» L’autre : « Non c’est la faute de l’Etat !». Tout cela est du niveau de chamailleries de cour d’école primaire. Cela laisse sans réponse les petits trafics de toute nature propre à l’économie de braconnage et les règlements de compte sur le dos du «popolo minuto» de notre ville. Le président de la république, le gouvernement mais aussi les élus locaux sont sur une mauvaise pente qui laisse présager de mauvaises choses pour les deux années à venir d’autant que la crise économico-financière est loin d’être terminée et que son impact sur les populations en situation précaire est en train de générer une profonde crise socio-politique.

En ce mois d’août 2010 à Grenoble, les vacances des services semblent signifier la vacance du service et du pouvoir. Les clefs de la ville semblent être remises au préfet et à la police. A eux de se débrouiller. Cela ressemble à une régression sans précédent du pouvoir démocratique.

Heureusement pour le politique, le 11 août au lever du soleil, s’ouvre la période du Ramadan, qui durera 4 semaines, une période traditionnelle d’obéissance, de paix et de solidarité avec ceux qui sont dans la précarité, un rituel qui n’est pas uniquement musulman et qui remonte à la «nuit des temps» des religions du Livre. Que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit pas, que l’on soit ou non pratiquant, cette période ramènera peut-être la paix civile dans la ville. Beau pied de nez en tout cas aux intégristes de la République qui, adeptes des amalgames provocateurs (cf. les étrangers = délinquants), ont oublié ce que signifie la politique au sens noble du terme. Au terme de cette période de Ramadan, rien ne sera réglé mais cela peut nous donner 4 semaines de répit pour réfléchir vraiment à ce qu’il faut mettre en œuvre dans cette ville.

Pensant à ce qui se passe en Russie, au Pakistan et ailleurs dans le monde, je me dis que tout cela est finalement moins grave que si c’était pire !

Claude Jacquier
Un siphonné de la cuvette et de la planète, parmi d’autres.

Président directeur général bénévole de l’ODTI
Directeur de recherche au CNRS
 

 

3/Jean-Michel Asselin se souvient de Jo Pyronnet
 

Un jour dans la galerie de l’Arlequin à la Villeneuve, il y eut un saint homme...

Joseph Pyronnet, Jo Pyronnet comme on l’appelait, aurait eu certainement un commentaire éclairé sur la violence qui règne à l’heure actuelle dans les parages de l’Arlequin.
Curieusement, je voulais lui rendre hommage depuis longtemps dans les Antennes, et il me faut attendre ces journées tristes pour rappeler qui fut Jo Pyronnet, décédé le 21 mars 2010.  Jo Pyronet était né en 27 du côté du Tarn et il fut responsable de l’action civique non violente pendant la guerre d’Algérie.
Jo Pyronnet, qui avait découvert le message non violent de Gandhi au coeur de la communauté de l’Arche de Lanza Del vasto, fut très engagé auprès des jeunes qui refusaient «la guerre d’Algérie». Il s’enchaîna avec d’autres militants à Lyon pour soutenir par exemple le Grenoblois Pierre Boisgontier (dont nous avons édjà parlé dans les Antennes), mais également Michel Hanniet ou Jack Muir, tous objecteurs de conscience pendant cette guerre. Ensuite Jo Pyronnet quitta la communauté de l’Arche pour porter le message de la non violence au coeur des villes, c’est comme cela qu’il se retrouva gardien d’immeuble et homme à tout faire dans la galerie de l’Arlequin à partir des années 70...
Et oui, à cette époque, il n’était même pas question de police de proximité, mais de proximité tout court. Après la mort de son épouse Christiane, en 1981, Jo Pyronnet devint prêtre (il avait 6 enfants). Toute sa vie fut au service d’une certaine idée de la paix. Il est mort à la Tronche dans la maison des petites soeurs des pauvres.
Béret vissé sur la tête, aurait-il su une fois encore s’enchaîner pour dire «non à la violence» ?
A l’heure où ceux qui nous gouvernent manquent sinon de décence au moins d’humilité, faut-il rappeler cette phrase du Mahatma Gandhi qui affirmait devoir : "vivre simplement pour que les autres puissent simplement vivre"...

Jean-Michel Asselin, journaliste, écrivain

 

2/ Face à la  Villeneuve en état de siège : Jo Briant* dénonce le ghetto !

Dimanche 18 juillet- 23H15- Villeneuve  : 3ème nuit d’état de siège après la mort de Karim, jeune du quartier de l’Arlequin de la Villeneuve, tué par balle suite à un tir en pleine tête d’un policier, alors qu’il revenait d’une opération de braquage au Casino d’Uriage. Bruit assourdissant d’hélicoptères qui survolent et illuminent le quartier, omniprésence policière avec plusieurs unités de forces mobiles du Raid et du GIPN (ils seraient au moins 300 !). Venant du centre ville, j’ai eu droit comme tous les habitants rentrant chez eux en voiture, à un barrage et à une fouille systématique de mon véhicule. Place du marché, je croise une famille dont les enfants crient apeurés…

Deux jours durant j’ai sillonné le quartier pour constater les dégâts – voitures calcinées, abris bus caillassés..- mais surtout pour rencontrer et écouter les habitants. Réactions certes contrastées qui vont d’une condamnation sans nuances d’une « minorité de jeunes » qui « foutent la merde » et « empoisonnent la vie » du quartier, en brûlant notamment les voitures de leurs voisins de coursive qui en ont tant besoin, à une condamnation tout aussi catégorique de la police qui « a tué sciemment, par racisme, le jeune Karim », en passant par ceux/celles qui mettent tout sur le dos d’une éducation parentale défaillante… Mais tous sont envahis par un sentiment d’écrasement, d’impuissance et de désespoir face à des événements qui vont enfoncer encore davantage le quartier dans la stigmatisation et la souffrance sociale…

Au-delà des faits, ce que je veux dire, ce que je veux crier, avec d’autres habitants, au-delà de ma colère :

1- L’approche et le traitement exclusivement sécuritaires de ce type de « fait divers sont aberrants, surtout avec tout ce déploiement et cet arsenal « anti-terroriste » et guerrier. Depuis plus dix ans la police dite de proximité n’existe plus à la Villeneuve, les policiers n’ont plus aucun contact avec la population, sa seule apparition, sa seule visibilité étant réduite à ces irruptions aussi brutales, massives, spectaculaires qu’aberrantes qui ne peuvent provoquer que haine et volonté d’en découdre. Un type d’approche et de « traitement  anti-criminalité » qui ne peuvent que dégrader toujours plus l’image et la perception de ce quartier.
2- Les causes ? Il est tentant, et si facile, de désigner une « minorité de jeunes » qui seraient à la base de l’économie parallèle, du trafic de drogue et des incendies réguliers de voiture. Explication réductrice et paresseuse qui évite de se poser les vraies questions : comment expliquer que le quartier de la Villeneuve, dont la création remonte aux années 72 sur la base d’une utopie collective qui a effectivement été essayée et réalisée partiellement jusqu’aux années 90, se soit à ce point« ghettoïsé », appauvri, autant dégradé ? Pourquoi cette concentration progressive d’une population de plus en plus précarisée, en grande majorité d’origine immigrée, en état de grande souffrance économique et sociale, notamment les jeunes dont au moins 50% sont sans emploi et sans aucune perspective ? Avec la fuite parallèle d’une proportion significative de la classe moyenne intellectuelle, dont je fais partie, dont beaucoup d’éléments n’ont pu supporter cette dégradation ?

Les causes sont certes nombreuses, mais pour l’essentiel il faut citer le projet architectural de départ qui, malgré nombre d’équipements socio-culturels d’accompagnement, créait bel et bien les conditions d’un ghetto, la politique urbaine de la Ville de Grenoble qui a privilégié  la création en région grenobloise de secteurs d’emploi à « valeur fortement ajoutée » faisant appel à des ingénieurs, cadres supérieurs…ce qui a eu pour conséquence une augmentation notable du prix du m2 et des loyers au centre ville et de raréfier les logements sociaux accessibles aux classes populaires. Avec l’absence d’une politique volontariste de maîtrise du montant des loyers.  Il faut ajouter une cause structurelle plus déterminante : la panne de l’ascenseur social, la montée massive du chômage, la précarisation croissante des jeunes, l’accentuation de la ségrégation urbaine, autant d’effets directs du capitalisme néo-libéral, avec des effets particulièrement dévastateurs dans des quartiers populaires comme celui de la Villeneuve.

3- La solution, même si elle peut être intéressante, ne saurait se réduire, comme le réclame Michel Destot, maire de Grenoble, à un « Grenelle de la Sécurité ». Oui, certes, à un rétablissement de la police de proximité, oui à une rupture avec ces opérations spectaculaires et terrorisantes qui ne font gu’aggraver le mal… Mais l’essentiel n’est pas là. C’est bien à toute une politique économique, sociale, urbaine secrétée par un système capitaliste et un libéralisme destructeurs et profondément inégalitaires, qu’il faut s’attaquer. Ainsi qu’à des logiques sociales et urbaines discriminatoires et, disons-le, racistes. Si un tel fait divers, aussi tragique soit-il, s’était produit dans un quartier du centre ville, ou à Meylan, ou encore à Seyssinet, aurait-on envoyé tous ces « Robocop », ces centaines de policiers sur-armés, avec hélicoptères, aurait-on procédé à un encerclement systématique de ces quartiers, à des barrages, à des fouilles systématiques des véhicules et des personnes ? On ne pourra pas empêcher les habitants de la Villeneuve de penser que des dispositifs aussi guerriers et terriblement traumatisants, humiliants sont précisément arrêtés pace qu’il s’agit d’un quartier à forte composition immigrée. Je le dis avec colère et conviction : ce type de « traitement » est l’illustration bien réelle d’un rejet, d’une stigmatisation, d’une discrimination qui ne disent pas leur nom. La population de la Villeneuve, notamment les jeunes, comme celle des quartiers populaires, comme celle de Villiers le Bel ou de Saint Denis en région parisienne, est bel et bien victime d’une triple discrimination, sociale, économique et raciste. Tant qu’on ne s’attaquera pas à ces racines d’une exclusion terrifiante et dévastatrice, on ne fera au mieux que différer des explosions de plus en plus inévitables.
4- J’ajoute, pour ne pas terminer sur une note exclusivement négative, que nous sommes un certain nombre de militants qui vivons sur ce quartier, qui apprécions fortement cette richesse sociale et multiculturelle, même si elle est nettement moindre qu’il y a vingt ans, déterminés à y rester, à maintenir à tout prix le contact avec une population en état de très grande souffrance psychologique et sociale, à créer les conditions d’un mieux vivre ensemble, sans oublier les causes socio-économiques et politiques. Un défi qui peut paraître insensé voire suicidaire mais auquel il est hors de question de renoncer.

*Jo Briant habite la Villeneuve, il est président du centre information interpeuple (CIIP), auteur entre autres de «mes luttes, nos luttes» qui raconte 50 ans d’action militantes.

 

1/ La nuit du 4 août 2010, une farce ? A quel prix ?

A grand renfort de médias, reprise par des déclarations belliqueuses, «la vaste opération de police» lancée à Grenoble, le 4 août à l’aube conduisant à la mise en garde à vue de 4 personnes a, semble-t-il, fait flop ! Tous les gardés à vue ont été relâchés moins de 48 h après (délais légaux) sans la moindre preuve à retenir contre eux. Résultat qui risque d’alimenter encore les tensions.
 
«Belle opération» qui était censée servir de prélude à la visite du ministre de l’Intérieur, pour la troisième fois à Grenoble en quelques mois, afin de reprendre cette ville en main puisque «les élus locaux sont incapables» de mettre fin aux dérives urbaines. Annoncé le 5 août pour mettre en place le GIR 38, le ministre Hortefeux est arrivé sans crier gare le 4 au soir pour faire des tournées BAC dans les quartiers. Ce devait être sa nuit du 4 août. Rappelez-vous, en 1789, cette date est celle de la fin des privilèges des aristos en réponse aux insurrections dans les campagnes contre les seigneurs (la Grande Peur). A Grenoble, ville de tous les symboles et de tous les mythes, et qui les goûte fort, n’a-t-on pas anticipé la révolution française, avec la journée des tuiles (1788). Quelle belle date symbolique donc pour mettre fin aux «privilèges» de la canaille devenue racaille ! A manier le symbole, sans précaution, on se brûle !
 
Le conseiller du ministre, membre de son cabinet et payé par lui, un certain Alain Carignon, par ailleurs ancien maire de Grenoble, y est allé d’une déclaration fracassante dans le Dauphiné Libéré parue, comme c’est bizarre, ce même 4 août au moment du lancement secret de cette vaste opération de police. Et que dit-il : «Michel Destot n’est pas une solution au problème, c’est une partie du problème. On ne fait pas la paix avec la délinquance, la mafia on se bat contre. Michel Destot n’est ni à Grenoble ni à l’Assemblée où l’on a pointé ses absences. Alors où est-il ?». Le terrain était superbement préparé pour une opération politico-policière digne d’un Clausewitz au petit pied, une opération qui risque dans l’immédiat d’être un fiasco quant à ses objectifs initiaux, lutter réellement contre les délinquances, toutes les délinquances. Les conséquences de ces pratiques de matamores sont imprévisibles avec le risque de dérapages encore plus dramatiques. Cela confine à des pratiques politiques de sinistre mémoire.
 
Ca couve, à Grenoble, comme on dit d’un feu. Les pyromanes sont nombreux, notamment du côté de ceux qui ont largement participé à leur époque, à «l’économie de braconnage» en col blanc, locale et nationale et qui, pour cela ont été condamnés pour corruption. Les sommes et les pouvoirs en jeu n’étaient pas les mêmes. Bien plus considérables ! Beaux exemples pour notre belle jeunesse qui en a gardé la mémoire et qui n’hésite pas à nous le rappeler à l’heure des grands arrangements fiscaux (un cheval, une alouette). «Les grands évènements personnages histoire de répètent pour ainsi dire deux fois,… la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce» disait en substance Karl Marx dans son livre «Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte» paru en 1869. Pour ma part, je ne conseillerai pas à ceux qui nous gouvernent ou tentent de nous gouverner, au niveau central et local, la lecture du livre « La guerre des rues et des maisons » écrit par la Maréchal Bugeaud, le Bugeaud de la conquête massacrante de l’Algérie en 1830 et qualifié de «boucher» de la rue Transnonain (rue Beaubourg aujourd’hui) au cours de l’insurrection parisienne des 13 et 14 avril 1834.
 
Pourrait-on, enfin, dans cette ville, mettre en œuvre une politique conséquente qui ne soit pas une «tartarinade» de plus. Au petit matin (3 h 15) du jeudi 6 août 2010, à 100 mètres de chez moi, au Village Olympique, plusieurs voitures ont été incendiées sur le parking. Depuis plusieurs mois, voire années, tous les jeudis, je crois, à la même heure, c’est le même rituel dans le quartier. Pompiers et police disposent des statistiques d’intervention. De quoi anticiper ! Alors…
 
Comme on dit chez moi en Savoie annexée depuis 150 ans, tout ça, convenons-en, est moins grave que si c’était pire !
 
Claude Jacquier
Un siphonné de la cuvette et de la planète parmi d’autres, de plus en plus nombreux.

 

Nous devons "faire avec" la Villeneuve et c’est une chance pour Grenoble et sa région rurbaine !

En remerciement de ceux qui viennent alimenter le débat et poser des questions qui font avancer la réflexion, une nouvelle petite chronique silencieuse. Il nous faut en effet quelques bonnes «converses» et controverses pour pouvoir éventuellement converger sur un projet solide qui ne peut se résumer à quelques lignes et qui nécessite surtout une large mobilisation capable de le mettre en œuvre au quotidien.
 
Le facteur temps est essentiel.
En aucun domaine, il n'y a de solution miracle, ni de solution définitive. Le premier m3 de béton de la Villeneuve a été coulé il y a un peu moins de 40 ans, c’est peu à l’échelle du temps des villes où l’unité de compte est souvent le siècle. Bien évidemment, c’est beaucoup, pour nous, simples mortels dont l’espérance de vie maximale, variable selon le sexe et la catégorie socio-professionnelle est en moyenne de 70 à 80 ans. Quarante ans, c’est surtout le temps d’une génération de personnes nées dans ce territoire et arrivées à l’âge d’être mères et pères avec des enfants et des adolescents, inquiets pour eux et leur avenir, mais en âge, aussi, de prendre des responsabilités professionnelles, familiales, sociales, syndicales, associatives et politiques. C’est nouveau et c’est une chance : la Villeneuve a l’âge de ces nouveaux parents. C’est prioritairement avec cette génération-là et ses enfants typiquement «villeneuvois» qu’il faut construire des projets en lien avec les institutions et avec les professionnels, des institutions et des professionnels issus d’un autre temps, qu’on ne changera pas du jour au lendemain et qui ont du mal à s’adapter aux nouveaux défis. Il faut aussi une vingtaine ou une trentaine d’années pour former des professionnels à de nouvelles pratiques et pour qu’ils occupent une position responsable efficace dans les institutions. Dix ou quinze ans donc pour la mise en œuvre d’un tel plan d’action est un minimum. Tenir compte de ces échelles de temps, des durées et des rythmes de développement d’un territoire est une chose essentielle pour tous ceux qui veulent être des citoyens actifs d’une ville.
 
«Faire avec» la ville telle qu’elle est !
Dans un tel territoire urbain, forcément complexe, il n’y a jamais de réponses toutes faites,  uniquement descendantes (top-down), de l’ordre de la procédure administrative, ni uniquement ascendantes (bottom-up) de l’ordre du processus spontané. Quoi qu’on en dise, nous devons et devrons, à l’avenir, «faire avec» ce territoire (ses lieux, ses gens et ses institutions), «faire avec» une expression dont il faut saisir tout le sens. Nous devons, en effet, «faire avec» toute la complexité d’une ville et cela passe par des changements dans les mentalités, les comportements, les manières de faire qui eux, ne se décrètent pas, toutes choses qui ont sédimentées en routines, au fil du temps, dans les institutions et dans les métiers. C’est la raison pour laquelle j’ai autant mis l’accent dans ma chronique précédente sur les pathologies de nos institutions. Je ne pense pas être naïf et je sais par expérience (ma pratique de chercheur et celle de président directeur général bénévole d’une association) ce qu’il faut endurer avec les bureaucraties et les corporatismes de tout poil lorsqu’on veut répondre au plus juste, avec une économie de moyens, aux enjeux du moment. C’est pour cela qu’il nous faut une organisation solide sur le terrain, capable de provoquer au jour le jour, ces changements nécessaires de mentalités et de comportements en «occasionnant des occasions» comme le disait Jankélévitch.
 
Réformer en profondeur nos institutions politico-administratives.
La proposition que je fais concernant la Villeneuve ne vise pas, bien évidemment, même si le risque existe, à ajouter des tuyauteries supplémentaires à l’usine à gaz existante. Il s’agit de créer une organisation capable d’initier de nouvelles pratiques de travail plus intégrées entre les divers acteurs, les gens et les communautés afin de coproduire du bien commun et du vivre ensemble. Une telle organisation n’a jamais vraiment été mise en œuvre à Grenoble car, rappelons les faits, la politique de la ville a été lancée à Grenoble, comme ailleurs en France, en 1983-84, au moment de la chute d’Hubert Dubedout, son inventeur. Dès lors, rien n’a été mis en œuvre à Grenoble en ce domaine jusqu’en 1995. Après cette date, on ne peut pas dire que cette politique a été une priorité pour le nouveau pouvoir local et qu’il ait impulsé des nouvelles manières de faire. J’ai une certaine expérience de terrain en la matière : j’ai été élu dans l’opposition municipale à Grenoble de 1992 à 1995 et j’ai été administrateur d’ACTIS, président de la commission politique de la ville de 2001 à 2008. Dès 1995 j’avais mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre une réforme profonde de l’organisation municipale. Les lourdeurs bureaucratiques et corporatistes ont eu raison du peu de volonté politique.
 

La Villeneuve, un territoire favorable pour réinventer le social.
 

Sans entrer dans trop de détails concernant l’organisation à mettre en place, trois aspects essentiels doivent être privilégiés :
 
1 -   Cette organisation sur le terrain doit être placée directement sous la responsabilité politique de l’exécutif communal, c’est-à-dire du maire qui, dans nos communes, concentre dans ses mains toutes les compétences (en France dans les collectivités territoriales, il n’y a pas de séparation de l’exécutif et du délibératif, c’est le tout pouvoir au maire, au président de conseil général et au président de conseil régional). Le maire doit faire des quartiers les plus délaissés, des territoires où il est possible d’expérimenter des mesures visant à transformer et à adapter l’ensemble de l’appareil administratif municipal aux nouveaux enjeux. En aucun cas cette responsabilité ne doit être déléguée à un autre élu. Ce doit être le dossier prioritaire du maire, d’autant plus qu’un territoire comme la Villeneuve a accordé, jusque-là, plus de 80% de ses suffrages à la gauche et aux écologistes.
 
2 -   Cette organisation doit réunir en permanence les responsables des différents services étatiques et locaux agissant sur ce territoire, sous la direction d’un vrai «patron» ou d’une vraie «patronne», parfaits connaisseurs du fonctionnement des appareils politico-institutionnels et capables d’insuffler, dans les administrations de droit commun (les services ordinaires étatiques et locaux) les réformes nécessaires. La tâche n’est pas facile face aux cultures professionnelles particulières, aux déontologies, aux routines, aux bureaucraties et aux corporatismes, c’est pourquoi je désigne les professionnels de cette organisation nouvelle, par le qualificatif de «conspirateurs des réformes».
 
3 -   Cette organisation doit élaborer un programme pluriannuel, évaluable, ciblée sur quelques thématiques essentielles : les Ressources (éviter de tout laisser dans les mains de l’économie de braconnage), l’Urbain (la qualité de la niche écologique), la Sécurité et l’Education. Cela donne le programme RUSÉ car, de la ruse, il en faut pour contourner les routines et renverser les obstacles bureaucratiques. Ce programme doit tenir compte de la dimension du genre (les rapports sociaux femmes-hommes), une réalité peu prise en compte en France alors qu’elle est essentielle pour mettre en œuvre de manière efficace toutes les politiques publiques. Par exemple, en tant qu’administrateur d’ACTIS, je n’ai eu de cesse de faire prendre en compte cette réalité, car les femmes qui sont les principales interlocutrices des pouvoirs publics et les principales prescriptrices des changements de comportement sont systématiquement passées sous silence dans nos institutions. Le titulaire du bail HLM n’est-il pas encore considéré en droit comme un bon père de famille alors que ce bon père de famille est très souvent absent du territoire en question (cf. l’importance des familles monoparentales à la Villeneuve et ailleurs). En ce domaine, il m’a fallu faire face à de l’hostilité au sein du conseil d’administration et dans les services, pas forcément d’ailleurs de la part des hommes. Autre exemple, le plan éducatif de la ville de Grenoble destiné à soutenir les enfants en difficultés est complètement silencieux sur cette réalité-là faisant comme si les familles en question répondait aux canons de la normalité (un père, une mère, tous deux ayant un emploi et deux enfants, bref une famille «normale»). On sait ce qu’il en est aujourd’hui et on peut pronostiquer l’échec d’un tel plan. On pourrait multiplier les exemples…
 
Voilà ce qui pourrait être fait. Rien de bien exceptionnel, ni dans les mesures budgétaires, ni dans les moyens en personnel. Mais un défi de taille : bousculer les institutions, les organisations professionnelles et les manières de faire. Effectivement c’est plus compliqué qu’on le croit. Mais si on ne s’en préoccupe pas maintenant, nous continuerons à fabriquer sous nos pieds ce qui ressemble à une bombe socio-politique. Soyons en sûr, sa déflagration ne touchera pas que la Villeneuve.
 
Tout ça, bien sûr, est moins grave que si c’était pire.
Claude Jacquier

 

Villeneuve, attendre serait une faute politique majeure !

Le temps n’est plus aux analyses et aux dénonciations. L’heure doit être à des propositions concrètes et précises. En effet, les gens attendent autre chose qu’une simple dénonciation des errements des gouvernants étatiques et locaux. Ils attendent des réponses tant dans le domaine de la sécurité résidentielle des personnes et des biens qu’en ce qui concerne leur avenir socio-professionnel, pour eux et leurs enfants. Compte tenu de la situation, compte tenu de l’absence de propositions autres que sécuritaires (nomination d’un super-préfet policier), il semble essentiel aujourd’hui, de proposer une alternative à ce qui a été fait et, pourquoi pas, faire de la Villeneuve, un territoire où on invente une politique urbaine soutenable qui soit une référence pour l’ensemble des quartiers de la ville et de la région rurbaine. Au risque de démonétiser encore plus le politique, et de laisser encore une fois libre cours aux fanfaronnades sécuritaires et souvent racistes, l’ensemble de la communauté politique grenobloise devrait rapidement, donner un signe fort sur ce qu’il convient de mettre en œuvre dans le domaine institutionnel à l’échelon local. Après tout, si Grenoble est une ville aussi innovante qu’on le dit, il est temps de le montrer, ici et maintenant, sans attendre des solutions étatiques qui ne viendront jamais. L’histoire de Grenoble a été aussi et surtout celle-ci : prendre en compte la réalité telle qu’elle est et inventer localement des réponses adaptées.
 
Lors de sa création au début des années soixante-dix, la Villeneuve a été un espoir, sans doute démesuré, qui a suscité une déception sans doute à la hauteur de cette démesure. Dès 1983, à peine dix ans après la construction des premiers bâtiments, la municipalité Carignon dans laquelle figuraient quelques représentants de l’actuelle majorité, avait contribué à jeter l’opprobre sur cette réalisation en en faisant un territoire d’assignation à résidence pour les populations délaissées. Les critiques qui accablent ce quartier aujourd’hui, mêmes les plus favorables (Libération jeudi 22 juillet 2010), continuent dans ce registre assorti de commentaires sympathiques, «regretteurs» de ce temps d’avant où des habitants bien comme il faut étaient en phase avec ce projet urbain. Ce temps-là, mythifié, ne reviendra pas et nous sommes contraints, comme toujours, à «faire avec» la réalité telle qu’elle est aujourd’hui. D’autant que tout n’est pas à jeter dans ce territoire de la Villeneuve, loin s’en faut, tant du côté de l’habitat qui reste exemplaire à plus d’un titre que des communautés qui y sont présentes et s’y activent. La Villeneuve n’est en rien le ghetto qu’on nous dépeint, surtout si on le compare à d’autres quartiers de la politique de la ville en France ou ailleurs en Europe et dans le monde. Quand je cherche quelque chose à montrer de positif et de remarquable sur le plan architectural et urbanistique dans cette ville à mes collègues étrangers, je leur présente la Villeneuve ! What else ? Les slogans excessifs qu’utilisent ceux qui n’ont pas grand-chose à dire si ce n’est de stigmatiser des lieux et des gens pour des raisons trop évidentes, n’aident en rien l’analyse de la réalité des territoires urbains et interdisent d’envisager des projets crédibles pour le futur. C’est de l’irresponsabilité politique. La responsabilité politique consiste à prendre en compte la complexité de ce territoire et à essayer de trouver une sortie par le haut, solution utile pour d’autres et éventuellement pour repenser le fonctionnement de cette ville et de sa région rurbaine tout entière.
 
Rappelons ici quelques éléments d’analyse. Un territoire, quel qu’il soit, comprend trois composantes essentielles au cœur du développement soutenable : des lieux (environnement), des gens (social) et des institutions (économie) en charge de leur régulation (politique) dont l’assemblage produit une atmosphère particulière, une atmosphère qui peut être favorable ou défavorable aux initiatives des acteurs locaux. Or les évènements violents qui se sont déroulés à la Villeneuve à la suite du braquage du Casino d’Uriage et la mort violente de celui qui a commis cet acte délictueux n’ont guère de choses à voir avec les lieux construits (faire tabula rasa n’est en rien une réponse), ni avec les gens qui y résident ou y travaillent (on ne peut heureusement, comme disait Berthold Brecht, dissoudre le peuple). En revanche ce qui s’est passé a beaucoup à voir avec le disfonctionnement de nos institutions (Etat, collectivités territoriales, partis, syndicats et associations, structures familiales, les politiques et les techniciens, les manières de décider et d’agir). Disons-le tout net, la Villeneuve, mais aussi toutes nos sociétés «rurbaines» sont «malades» de leurs institutions. Là résident les principales pathologies. Nos institutions cloisonnées, empilées et corporatisées comme jamais, conçues à une autre époque pour d’autres missions, de moins en moins en prise sur la réalité sociale car moins représentatives, de moins en moins présentes sur le terrain (retrait progressif des agents qui devraient plus que jamais être en étroit contact avec la population au quotidien) sont dans l’incapacité d’imaginer et de mettre en œuvre les régulations nécessaires. Un exemple parmi d’autres, les institutions politiques continuent de donner le pouvoir à une représentation vieillissante, bien insérée professionnellement, essentiellement mâle, souvent rurale (sénat, assemblée nationale, conseils généraux et, dans une certaine mesure, conseils régionaux), souvent au dessus des lois alors que les populations urbaines, jeunes, issues de l’immigration, féminines, souvent exclues du monde du travail sont dramatiquement sous-représentées et stigmatisées. On sait quelles ont été, dans le passé, les conséquences du creusement de tels fossés entre représentations politiques et pays réel ! Telles étaient les conclusions essentielles du rapport Dubedout «Ensemble, refaire la ville» en 1984 qui inaugurait la politique de la ville. Personne n’a véritablement entendu le message et la politique de la ville s’est perdue dans les procédures «usine à gaz» d’opérations inaugurables, ciblées sur le bâti (ANRU) souvent au détriment du social.
 
Instruit par l’expérience internationale en ce domaine et par une expérience associative avec des publics très précarisés, il me semble plus que jamais nécessaire de mettre l’accent sur la réforme des institutions comme le recommandait déjà le rapport Dubedout… il y a un quart de siècle ! Une telle réforme ne mobilise pas nécessairement des moyens supplémentaires. Il s’agit de redéployer le personnel des services sur le terrain dans le cadre d’équipes intégrées en lien étroit avec les communautés locales (approches coproduites avec les gens, ascendantes –bottom-up- et non descendantes –top-down comme c’est trop souvent le cas), tout cela pouvant préfigurer une nouvelle organisation moins dispendieuse du service public (à l’heure de la réduction des budgets) et d’un fonctionnement plus efficace (un service public au service du public).
 
Pour l’immédiat, concernant la Villeneuve, la proposition pourrait être la suivante : créer une solide équipe de développement regroupant des professionnels de tous les services (Etat et collectivités locales), ce que l’on appelle en Europe une «Task Force» ou une «Local Action Team», sous la responsabilité des autorités publiques. Cette équipe aux compétences élargies aurait un rôle d’impulsion et de coordination des services traditionnels (Etat et collectivités locales) qu’elle pourrait mobiliser prioritairement, en tant que de besoin. En coproduction avec la diversité des acteurs et des communautés de la Villeneuve, elle aurait pour objectif d’élaborer un programme pluriannuel d’interventions ciblé tout particulièrement sur les enfants, les adolescents et les jeunes en relation avec les parents (notamment les familles monoparentales, les femmes et les mères, mais aussi et surtout les hommes et les pères), la priorité étant de renforcer la présence en première ligne d’adultes des diverses communautés et de professionnels avec pour mission d’encadrer ces publics, leur permettre de trouver un chemin dans les complications de la vie sociale et professionnelle et de reconstruire de la citoyenneté au sein de ce territoire. C’est une œuvre de longue haleine, 10 à 15 ans au moins, sur une échéance qui dépasse un mandat politique.
 
La décision doit être prise, ici et maintenant ! Cela relève avant tout des élus locaux. Les responsables de la ville et de la région rurbaine (Métro, Conseil général de l’Isère, Conseil régional) doivent reprendre l’initiative et anticiper car nous l’avons vu, l’Etat ne sait agir qu’ex-post et dans les pires conditions. Les élus locaux, quelle que soit leur appartenance politique, sauront-ils s’autoriser à prendre, enfin, les mesures qui s’imposent et à s’engager sur la voie des mutations nécessaires ? L’urgence est là ! Attendre serait une faute politique majeure !
 
Claude Jacquier
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