Bravo à tous ceux qui ont voté Europe Ecologie, mais...
Terre Patrie*
*En hommage à Edgar Morin : Terre-patrie est le titre d'un livre d'Edgar Morin et Anne Brigitte Kern. C'est un livre d'écologie ou sur l'écologie qui rappelle que la terre dépend de l'homme qui dépend de la terre ! (à lire en poche)
Il fallait être bien aveugle et sourd pour ne pas avoir imaginé un seul instant que l’écologie n’allait pas être un success-story !
Malheureusement, car le succès de l’écologie marque l’importance du drame écologique. On se réveille... un peu ! Mais on est encore à ce stade des voeux pieux. On en est encore à penser que l’écologie c’est juste une question de bien fermer son robinet quand on se brosse les dents ou changer ses ampoules à incandescence... Cela, ce sont des gestuelles écologistes : le fond c’est autre chose. Le fond, c’est la révolution écologique. Tout ce que nous découvrons avec terreur aujourd’hui et que l’on nous montre dans de si belles images (ah saint Yann Arthus Bertrand !), voilà quelques décennies que des gens, qui n’étaient pas des visionnaires mais simplement de bons observateurs, avaient déjà dénoncé.
A l’époque, quand René Dumont fit la première campagne présidentielle «écologique», cela revenait à prêcher dans le désert. C’était d’autant plus inaudible que le discours était éminemment politique. Quand fut créé le premier journal qui revendiquait «l’écologie», il s’agissait d’écologie politique. Ce journal se nommait « la Gueule Ouverte » et j’en étais un des collaborateurs. Il était bien entendu qu’il s’agissait d’une écologie politique et que défendre l’ours ou le gypaète barbu ne pouvait exclure de s’intéresser tout autant aux relations humaines, aux relations économiques... En gros, nous disions que l’agression à l’égard de la planète n’était pas indépendante de la politique, de l’économie. Que si le désastre annoncé concernait tout le monde, il était clair que les premières victimes seraient (et ce n’est pas du hasard) : les plus pauvres, les plus soumis, les plus démunis.
Je rappelle tout cela parce que bien peu de gens qui ont voté Europe Ecologie (avec raison !) ont une conscience exacte de la radicalité que va apporter envers et contre tout la crise écologique. En général, dés que l’on dit ce genre de chose, on est taxé de catastrophisme ! Eh bien, allez voir dans quelques pays d’Afrique, d’Amérique du Sud, du moyen Orient ou de l’Asie ce qu’il en est ... Allez voir comment la catastrophe est en route, comment elle submerge déjà des peuples entiers. Non, ce ne sont pas des mots ! Il existe une vraie et terrible violence à l’égard de la planète mais il existe simultanément une vraie et terrible violence des hommes contre les hommes. Cette violence à des degrés divers c’est celle que l’on rencontre à Gaza (d’où je reviens), en Irak, au Pérou, mais aussi dans les usines où l’on jette les gens comme rien. Cette violence des dictatures, de la faim, de la pauvreté, de l’injustice, nous impose un engagement plus que jamais sur tous les fronts. Oui, il faut protéger les ours polaires et les chauves-souris, mais cela n’a de sens que si nous transformons la société, si nous inventons de nouvelles manières de consommer, de travailler, d’habiter, de s’aimer, de vivre ensemble. C’est un peu ce que l’on demandait à la Gauche : changer la vie...Tant que ce programme radical, exigeant, ne sera pas le programme commun, nous continuerons d’errer dans l’âge de fer planétaire. Oui, il faut de la révolution pour une vraie Renaissance ! Bravo à tous ceux qui ont voté Europe Ecologie, mais ça n’est qu’un début...
Jean Michel Asselin
Photo: JM Asselin (au milieu), soutient la liste Europe Ecologie (avant les élections)


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