C'est quoi cette Europe?

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Couverture du livre "Le Pacte des Rapaces" de Patrick Le Hyaric, éditions L'Humanité

Pacte "Euro Plus" : la pression à la baisse sur les salaires continue

Le pacte Euro Plus a pour objectif affiché de défendre l'Euro en accélérant la « convergence » des économies de la zone euro. Il s’agit d’une coordination renforcée des politiques économiques pour améliorer la compétitivité des pays de la zone Euro. Or dans l’esprit du texte « Euro Plus », la compétitivité s’obtient en faisant pression à la baisse sur les salaires. Lire la suite.

Pour s’opposer à ce pacte, approuvés par les Chefs d’Etat et de gouvernement lors du Conseil Européen des 24 et 25 mars, la CGT Isère a organisé un rassemblement Place Grenette à 17h30. Ce fut l'occasion d'informer la population.

Le syndicat sollicitera une intersyndicale fin juin ou début juillet pour organiser une journée de grève courant septembre, pour manifester en faveur d’une meilleure répartition des richesses entre le travail et le capital. Lire l’appel du 22 juin et la déclaration du 11 mai.

Frédéric Lordon(1), intitulait son article paru dans le monde diplomatique d'avril sur le pacte pour l'Euro (ancien Euro Plus) "L'extension du domaine de la régression". Car c'est bien une nouvelle régression sociale que nous propose cette Europe. En l'occurrence, une régression salariale.

La pression à la baisse sur les salaires se traduit par deux mesures :

-    La mise en concurrence des salariés européens
-    La baisse du pouvoir des salariés dans les négociations sociales au sein des entreprises

La mise en concurrence des salariés européens

       L’évolution des salaires sera désormais étroitement corrélée à celle de la productivité, sans que l’inflation soit prise en compte. Les plus bas salaires pourront donc augmenter moins vite que l’inflation. De plus, cette corrélation entre salaire et productivité sera mesurée « par comparaison les coûts unitaires de main d’œuvre » entre les pays de la zone Euro d’une part, et avec les « principaux partenaires commerciaux comparables » d'autre part.  A savoir les autres pays de l’Union Européenne et Les pays tels que le Brésil ou la Corée du Sud.
       De façon plus explicite le texte veut, au nom de la sauvegarde de la compétitivité, empêcher l’augmentation des salaires. Et il ne s’en cache pas : « Les augmentations [de salaires] significatives et durables pourraient provoquer une érosion de la compétitivité ».

L’encadrement des négociations sociales

       Pour éviter une tendance à la hausse des salaires, le texte prévoit de « réexaminer » les conditions de négociations salariales et les « dispositifs de fixation des salaires ».
Les gouvernements sont par ailleurs expressément incités à peser sur les salaires du public, dont l’évolution « constitue un signal important » vis-à-vis du privé...
Le pacte Euro + aggrave un contexte déjà extrêmement défavorable aux salariés. La pression sur les emplois et les salaires est déjà très forte, y compris à Grenoble.

Les Exemples de Siemens et de ST Microélectronics

       Le sacrifice de la Main d’œuvre sur l’autel de la compétitivité n’est pas neuf. On peut rappeler qu’environ 90% des licenciements économiques sont motivés par la « sauvegarde de  compétitivité ». Or les exigences en termes de compétitivité semblent sans fin.
Lucas Magrini-Romagnoli (2) et Jean-Luc Pellissier (3) peuvent en témoigner. Siemens a annoncé la fermeture du site de production (secteur de la Haute-Tension) de Siemens Grenoble en septembre 2012. Plusieurs centaines d’emplois sont menacés (4). La production est délocalisée sur des sites de productions indiens et chinois et sera dans un premier temps transférée en Allemagne. Ce plan social n’est pas justifié par des difficultés financières occasionnées par la crise. Siemens était réputée être « la boîte qui a le mieux vécu la crise », protégée notamment par un savoir-faire vieux de plus de 100 ans. En effet, les carnets de commande sont pleins et l’entreprise affichait 4,7 Milliards d’euros de bénéfices nets en 2010… . Quelle est alors la raison invoquée pour ce plan social? La fameuse sauvegarde de la compétitivité…

       Pour le site de Crolles de ST Microelectronics Grenoble, le constat porté par Marie-Laure Cordini (5) et Laurent Lavis (6) est sensiblement le même. Un gel des emplois et la suppression des postes d’intérimaires est prévu cet été. Et ce alors que la réussite technique et économique de l’entreprise est établie (400 Millions d’euros de bénéfices en 2010). « Nous luttons depuis 20 semaines juste pour être reçu autour de la table. Mais la direction ne répond pas » témoignent les délégués syndicaux.
Par ailleurs, Laurent Lavis nous donne un autre exemple de l’absence de progrès salarial en dépit du succès de l’entreprise : la lutte contre les inégalités femmes/hommes. La direction a consacré 0,1% de la masse salariale pour compenser des écarts de 24% entre les salaires des femmes et ceux des hommes…
     
       C’est donc dans ce contexte déjà défavorable aux salariés que le Pacte « Euro Plus » se propose de sacraliser la pression à la baisse des salaires. Bref, un texte plein d’à propos...
  
Antoine Machut

(1) Economiste, directeur de recherche au CNRS

(2) Délégué Syndical de Siemens Grenoble

(3) Elu au Comité d’Entreprise de Siemens Grenoble

(4) 718 salariés travaillent dans ce secteur, dont une majorité d’ouvriers affectés à la Production

(5) Déléguée Syndicale ST Micro et Direction fédérale Métallurgie

(6) Délégué Syndical ST Micro

1 comment for "C'est quoi cette Europe? ".

1. C'est quoi cette Europe ?

ESSENTIEL pour 2012 : Ne pas oublier ( car les grands médias feront tout pour nous le faire oublier) d'interroger les candidats à la primaire socialiste et tous ceux à l'élection présidentielle,sur leurs propositions pour faire évoluer cette Europe ultra-libérale livrée aux marchés financiers. Avec une monnaie unique, sans harmonisation fiscale et sociale,on court à la catastrophe !

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