L’empathie, le vrai moteur du changement
Photo de l'accueil du site de Nature Humaine
Une enquête réjouissante(1) vient d’être publiée sur internet par l’association Nature Humaine, une association qui mène une réflexion sur nos manières de faire et de penser face à la crise écologique. Les résultats sont surprenants. Ils nous en apprennent beaucoup sur l’importance qu’a notre part d’humanité sur nos capacités à changer ou non, face aux obstacles qui se présentent à nous. Lire la suite
J’ouvre le document dans l’intention d’en faire un billet sur le site des Antennes. A la lecture de l’introduction, je comprends que l’enquête porte sur des structures de développement durable chargées d’accompagner les individus qui souhaitent adopter un comportement plus écologique. Le métier de ses structures consiste en quelque sorte à nous aider pour modifier nos modes de vie et nos comportements pour répondre à la crise écologique. Or l’ampleur de la tâche est immense et les acteurs de ces structures se sentent d’une certaine manière directement confrontée à la difficulté de changer le monde et en conçoivent un sentiment d’impuissance, source d’usure. En lisant cela, je me dis que ce sentiment est par ailleurs inhérent chez quiconque souhaite voir le monde changer. C’est donc aussi à moi, rêveur d’un autre monde, que l’enquête s’adresse.
Car c’est en partie à cette détresse partagée que Nature Humaine répond dans son enquête. En livrant un petit guide pratique pour changer le monde ? Pas du tout, j’ai eu beau fouiller le rapport de fond en comble, je n’y ai trouvé aucune solution miracle. Et, paradoxalement, c’est ce qui rend la lecture de cette enquête extrêmement enthousiasmante. D’abord parce que n’apportant aucune solution miracle, elle est réaliste. Ensuite, parce qu’elle invite à prendre du recul, adoucit nos contradictions internes, ainsi que les tensions entre les individus, et enfin parce qu’elle permet la compréhension des « facteurs humains » qui freinent le « passage à l’action ». Cette lecture apporte un vrai soulagement, elle soulage du poids de l’impuissance qu’on fait peser sur nos épaules. D’autre part, si l’étude porte spécifiquement sur le changement écologique, ses résultats sont à mon sens exploitables pour tout changement de mentalité et de comportement dans bien d’autres domaines (l’économie, le travail…).
Envie d’en savoir plus, forcément. Quels sont donc ces « facteurs humains » dont la prise en compte soulage et permet un changement plus efficace ? L’enseignement le plus important que je retiens des résultats de cette enquête est que, avant toute chose, nous devons identifier nos besoins, nos moteurs et nos freins à l’action, ainsi que ceux des autres. Pourquoi les nôtres ? Parce que souvent nos motivations sont trop lourdes à porter, car trop ambitieuses. Notre volonté de voir « changer le monde » est parfois tellement forte que nous avons tendance, sans forcément en avoir conscience, à surestimer nos objectifs. Donc forcément à aller au devant de nombreuses désillusions. Et pourquoi identifier ceux des autres ? Parce que, comme a pu le démontrer la sociologie dans son analyse du changement, celui-ci est un processus long qui passe par plusieurs étapes. Or, dans ce processus, nous n’en sommes pas tous au même stade. L’étude repère six stades (la précontemplation, la contemplation, la préparation, l'action, le maintien de l'action et la terminaison. Le détail est repris dans ce document, extrait de la page 22 du rapport d'enquête). Par exemple, les plus impliqués dans l’engagement écologique et prêts à « passer à l’action » ont besoin qu’on leur présente plusieurs solutions possibles (covoiturage, types de chauffage…) mais aussi qu’on les accompagne durablement. Ceux qui présentent des réticences, voire un déni de la crise écologique, inutile alors de leur présenter des actions à suivre ou, pire encore, de leur reprocher leur position. Il est beaucoup plus important de les informer et de les sensibiliser aux enjeux précis de la crise écologique.
Ceci paraît simple à dire, mais être attentif et prendre en considération le stade dans lequel se situe l’autre (et nous-mêmes) demande des qualités d’écoute et d’empathie, qui sont des qualités humaines mais pas forcément spontanées. On a très facilement tendance à juger l’autre et à lui en vouloir de ne pas changer son comportement.
En définitive, voilà ce que j’ai compris à la lecture de ce rapport : ce qui est indispensable, pour pacifier et rendre plus efficace notre volonté de « changer le monde », c’est de l’écoute et de l’empathie(2). De quoi m’apaiser et me redonner foi en l’homme. Si vous avez le temps et l’envie de vous plongez dans ce rapport, je ne peux que vous souhaiter qu’il vous fasse autant de bien qu’à moi.
Antoine Machut
Pour lire le rapport, c'est ici. Disponible aussi en Basse Définition sur le site de Nature Humaine. Egalement, pour aller un peu plus loin sur les 6 étapes du changement vous pouvez lire la lettre N°4 de l'association.
(1) "La prise en compte des facteurs humains dans la crise écologique"
(2) C'est loin d'être la seule conclusion de l'enquête, qui porte sur de nombreux autres objets, comme la co-construction et les relations entre les "acteurs" et les "théoriciens" du développement durable
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