Pour répondre aux accidents de montagne...
La montagne est juste la montagne...
Vous devez être nombreux à vous poser des questions à propos de la récente actualité des accidents de montagne qui endeuillent les premiers jours de l”été. C’est évidemment difficilement supportable qu’un jeune de 16 ans trouve la mort dans ce qui devait être un moment de bonheur, puisqu’on lui offrait une course en montagne pour son anniversaire. La vie n’a rien d’un long fleuve tranquille, et ce pour personne. Que nous finissions épuisés et centenaires ou malades, ou que nous partions dans la fleur de l’âge, nous sommes face à un mystère, nous sommes démunis. Et quand quelqu’un meurt en montagne, nous voudrions que cette activité, l’alpinisme, n’ait jamais existé comme si c’était une chose fondamentalement stupide en plus d’être dangereuse. Et pourtant... Lire la suite du billet
Pourtant nous savons bien que la montagne procure bien plus de bonheur qu’elle n’induit de deuils. Nous savons bien parce que nous avons la chance de les écouter de temps à autre, ceux qui reviennent de là-haut ou parce que nous pratiquons nous mêmes. Il y a un bonheur incommensurable, pas après pas, à atteindre un sommet, contempler le monde quelques minutes et redescendre dans la vallée des hommes. N’enlevons pas à ceux que la montagne a pris, ce sourire qui les a conduit là… Je veux juste citer ces mots d’un alpiniste que je n’ai pas assez connu mais qui fut le premier à m’engager dans une revue de montagne. Il se nommait Jean Jacques Ricouard et en 1981, il avait atteint le sommet du Kangchenjunga avec son copain Michel Parmentier, journaliste à la radio. Jean Jacques n’est pas rentré de ce sommet, sans doute est-il tombé lors de la descente. Son copain Michel connaitra un sort presque semblable à l’Everest quelques années plus tard. Dans son carnet, Jean Jacques, avant de partir pour le sommet, avait écrit : “Je suis à la recherche d’une pensée gracieuse qui m’accompagnerait lors de cette brutale montée vers 8 600 m. Je ne veux plus penser en terme de feuilleton de réussite. De la tendresse, de la douceur, voilà ce qu’il me faut.”
Plus tard, dans le mensuel Alpi Rando, Sylvain Jouty qui succédait à Jean Jacques Ricouard, avait en quelque sorte répondu à cette demande, écrivant en guise d’hommage : “La mort ne change rien à rien. Jamais les morts en montagne n’ont ôté, à quiconque le possède, le désir d’aller en montagne, jamais ils n’ont servi à quiconque d’exemple ou de leçon. [...] Nous laisserons ceux qui ne comprennent pas l’alpinisme, y voir masochisme ou pulsion de mort : nous savons, nous, que le risque assumé est peut-être l’infime différence qui sépare entre exister et vivre.” Voilà qui m’a toujours semblé définitif : continuons envers et contre tout et surtout, contre tout, d’aller en montagne à la recherche de toutes les tendressse et de toutes les douceurs. Et que seule la compassion accompagne ceux qui s’en vont sur les cimes.
Jean-Michel Asselin
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