Willy Ronis : une montagne « à hauteur dʼhomme »

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Le billet de Jean-Michel Asselin

Ce photographe a changé notre regard sur la montagne

La FNAC de Grenoble avait accueilli en 2007 une exposition photo dʼun homme au nom curieux : Willy Ronis... Il sʼagissait de photographies de montagne en «noir et blanc» qui
avaient été réalisées entre 1928 et 1970. Elles sont réunies dans un ouvrage avec des textes de Christian Sorg aux éditions Terre Bleue. Ces photos de neige, de skieurs ou de paysans sont de véritables petites merveilles. On y voit une montagne « à hauteur dʼhomme », jamais dramatique, une montagne du quotidien, une montagne des «touristes» que nous sommes tous et qui avons tous connu lʼivresse dʼun grand champ de neige, le plaisir de glisser dans une neige douce.

Ces photos montrent des paysages disparus dans des domaines comme Valmorel ou Val dʼIsère, elles parlent aussi du Jura et de divers endroits des Alpes. Elles parlent du bonheur dʼêtre « là haut » pas dans lʼâpreté des cimes, plutôt dans la douceur que procure le refuge. Ne ratez pas lʼoccasion de voir cette photo dʼune femme dans un chalet. Cette femme repose, allongée sur un banc, il règne une douceur de vivre, une sensualité délicate, il règne la vie !
Willy Ronis ne fut pas connu pour ses photos de montagne, cette passion était en quelques sorte son jardin secret. Il fut pourtant lʼauteur dʼun exposition qui se nommait «Neige de France» et que la SNCF lui avait commandée pour la grand hall de la gare de lʼest en 1939. Ce photographe humaniste qui se disait « polygraphe », photographia, comme lʼon dit,
« les petites gens »... des amoureux à Paris, des ouvriers en grève, des prisonniers qui rentraient de leur camp, des chats ou un mineur silicosé. Il travaillait alors pour lʼagence Rapho et reçu des prix très prestigieux. Il a légué toutes ses photos à lʼEtat.
Né à Paris en 1910, son père était un retoucheur de photos et sa mère une professeur de piano. Cʼest à 16 ans quʼil découvrit le ski dans les Alpes et quʼil décida dʼêtre photographe reporter. Pendant plus de 70 ans, il accomplira des milliers de clichés, nʼutilisant jamais de pied, mais sachant parfaitement attraper la magie du quotidien, et tous les sentiments qui nous traversent, je pense à cette flamme que lʼon ne peut ignorer dans le regard dʼune ouvrière qui harangue ses collègues lors dʼune grève. « Fixer des vertiges », a titré le philosophe Michel Onfray pour raconter la photo de Willy Ronis. Ce que je peux vous dire, cʼest quʼà 82 ans, ce jeune homme avait volé en parapente à Valmorel et que sa dernière photo en 2002 fut un nu des plus touchant. Il avait renoncé à photographier depuis 2002, la maladie lʼempêchait de se mouvoir. 
Willy Ronis sʼen est allé en septembre de cette année 2009 à lʼâge de 99 ans... On ne peut plus voir de skieurs sans songer à ces deux hommes qui semblent jouer sur une corniche, béret vissé sur la tête. Et on ne peut non plus oublier que dans le Vercors, tout près de nous, il existe un très grand photographe qui lui aussi, a changé notre regard sur la montagne et sur les alpinistes ou les touristes qui parcourent le paysage dʼen haut. Ce photographe cʼest Max Leborgne, de son vrai nom Guy Martin Ravel, et son livre « Fragile » aux éditions Guérin est une merveille du genre ! Guy Martin a exposé entre autres chez Arthaud et lʼan dernier dans le cadre des manifestations de Fontaine en Montagne.
 

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