Pourquoi je ne suis pas allé manifester

sep 14, 2015 / 0 comments

 

Coup de Gueule n°3 - J'ai 40 ans, je suis urbaniste et une partie de ma famille est d’origine maghrébine. Je ne suis pas allé manifester le dimanche 11 janvier.

« J’ai commencé par une culture catholique, à l’école. Ensuite, à 17 ans, j’ai découvert l’Islam, la mosquée et la prière. Maintenant, je ne pratique plus. Le 7 janvier, quand j’ai entendu l’événement, j’ai eu un mouvement de recul, je ne voulais pas entendre ce qu’allaient dire les médias, je ne voulais pas participer à l’emballement. Je suis méfiant depuis l’affaire Doutreau, le côté boule de neige… Ca m’a fait peur
Le dimanche 11 janvier, j’ai juste traversé la manifestation. J’ai eu de la compassion avec les morts et leur famille …. Si je n’ai pas participé, ce n’est pas parce que leurs dessins pouvaient être offensants…
Les Français, alors que le fait religieux dans le monde est en pleine explosion, considèrent que ceux qui croient sont des crétins. C’est mal perçu alors qu’ici, on peut croire au bouddhisme, au yoga… Moi, je ne suis pas pratiquant, et bien sûr que je trouve nul d’aller descendre quelqu’un parce qu’on est offensé. Je comprends que des gens aient eu besoin de le faire, que la liberté d’expression soit défendue, que les proches des morts aient besoin de soutien, mais ce qui ma gêné c’est qu’on ne s’est posé aucune question sur les raisons de cet acte. Ces gamins-là, c’est un pur produit français…

Je n’y suis pas allé et pourtant, j’ai vu de belles images dans ce défilé, j’ai trouvé que c’était un beau symbole mais qu’est-ce qu’on va en faire ? Quand j’ai traversé le cortège, j’ai entendu quelqu’un dire en sourdine : « de toute façon, maintenant ils sont là… ». J'ai lu un: la France, tu l’aimes ou tu l’as quitte… »
C’est facile de fanatiser les désespérés, les enfants des familles déglinguées. C’est facile de fanatiser des gamins qui ont la haine, qui vivent dans une société qui ne veut pas d’eux, et qui, au bout du compte,à leur tour n’en veulent plus non plus de cette société. Mais quand ceux qui auront fait des études, qui ne trouveront pas de boulot, qui n’auront pas d’avenir… seront aussi fanatisés, ça va être une grosse razzia…
Ca commence comme ça : voir nos parents se faire humilier, baisser la tête et nous dire : « fait pas de vague… » Chez moi, j’étais l’aîné, c’est moi qui faisais les démarches administratives… Une fois, je me rappelle à la Sécurité sociale il y avait une Turque, elle s’est fait hurler dessus… parce qu'elle ne comprenait pas bien le français. J’ai dit, je ne veux plus voir ça. D'ailleurs depuis, je n'y ai plus jamais remis les pieds. C’est un traumatisme d’enfance… Aujourd'hui, ces gamins prennent un Islam qui n’est même pas celui de leurs parents, ils vont chercher des barbes, des robes que leurs parents n’ont jamais connus…
On est en train de préparer de nouveaux tueurs… On est sur une poudrière que NOUS avons créée et on regarde ça et on ne réagit pas. On descend dans la rue et on s’arrête là. La seule réponse politique qu’on ait : le sécuritaire, des militaires partout. Le ministère de l’intérieur va former des agents de Pôle emploi et des missions locales pour qu’ils sachent détecter des futurs terroristes, des djidaïstes. Le ministère de l’intérieur ne fait pas du social à ce que je crois…

Texte par : Yacine
Illustration : "Un cri sourd" d'AtOme, artiste français de Street art. 
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