Le génie du lieu

aoû 23, 2015 / 2 comments

Au fil du temps et des mots le mystère filtre pour une devinette géographique : quelle est cette vallée profonde?

Je suis cette vallée, profonde, encaissée, sauvage. Vallée glaciaire par excellence bien que je ne possède plus beaucoup de glaciers. Ceux qui s'accrochent encore dans mes creux de vallons au pied de mes hautes murailles de granit, ne seront bientôt plus qu'un lointain souvenir. J'aime imaginer qu'un jour, les enfants ou les petits enfants de ces femmes et de ces hommes qui peuplent mes cinq petits villages, viendront pêcher la truite fario dans les lacs laissés par le retrait glaciaire, là haut à 3000 mètres d'altitude, dans cet écrin de solitude, de rocs et de neiges que l'on disait éternelles.

La Bonne, rivière si bien nommée, coule en mon sein depuis que le glacier éponyme, sculpteur de montagnes, a disparu laissant cette typique vallée en auge ou en U. Mes versants sont si abrupts que, l'hiver venu, la neige y glisse en monstrueuses avalanches.

L'asphodèle et l'arole se plaisent sur mes adrets, l'épicéa le mélèze et le sapin préfèrent mes ubacs ombragés. Certains sages humains racontent que la meilleure illustration du Yin et du Yang, symboles de philosophie chinoise, ce sont justement l'adret et l'ubac de nos montagnes, si différents mais si proches. Le sec et chaud faisant face au froid et humide, l'un n'existant pas sans l'autre, se complétant, fusionnant en ma rivière tumultueuse qui draine, par une multitudes de cascades argentées, ces deux versants opposés mais toujours frères.

Ces hommes qui, au milieu du premier millénaire, vinrent se réfugier et défricher mes hautes terres incultes, cônes de déjection labourés par mes torrents divaguants. Le premier s'appelait sans doute Josffredi, vassal du dernier roi burgonde, Godomar III, battu par Clovis le roi des Francs et qui mit fin à son empire. Pour moi, vaste vallée, c'est de l'histoire récente, et quand je vois ces petits êtres s'agiter et s'agripper sur mes flancs, je souris. Et mon sourire est celui de ma nature, de mes hautes futaies, de mes alpages parcourues de chamois de bouquetins, d'aigles, de vautours et de marmottes. Mes sommets enneigés, mes a-pics effroyables, mes immenses forêts d'épicéas peignent le magnifique décor pour que se joue sans fin le spectacle du cycle des saisons, de la nuit et du jour, de la vie, de la mort, de ces instants d'éternité loin des villes et de l'agitation des hommes.

Mais au fait, je suis une vallée de montagne aux confins de la Région Rhône Alpes, avec ces quelques indices pourrez vous trouver mon nom ?

Texte par : Gérard Jacquemin
Photo par : Gérard Jacquemin
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