Expressions... Impressions

sep 29, 2015 / 1 comments

Coup de Gueule n°6 (art. concours) Liberté, liberté... tout un art 

Un journal citoyen de poche où moi-je, d'ici, suis libre d'exprimer en 2500 caractères imprimés (ça fait combien de tweets ?) ce qui me trottine par la tête, sans sujet ni ligne imposés ? Dans l'idée c'est un peu grisant. Bien sûr on est en démocratie et depuis 1789 au pays des Droits de l'Homme, moi-je ne risque plus de perdre la tête pour un oui ou pour un non (même si on n'est toujours que 38e cette année dans le classement de RSF sur la liberté de la presse, certes encore devant la Hongrie mais loin derrière nos amis d'Europe du Nord d'Allemagne et de la plupart de nos voisins) . Au pire, moi-je (disons on) peut me la prendre (la tête) avec mon Jules, mon chef, mon voisin, mon parti pour une toute petite phrase qui pique et rebondit. Alors on serre les fesses sur notre siège éjectable comme tout le monde de peur de tomber du mauvais côté de la barrière - celui des sans dents, sans le sou, fauchés, sans papiers, sans voix, cette masse grandissante qu'on n'écoute plus depuis longtemps et qui la donne (sa voix) à Marine en désespoir de cause. Car elle dit tout haut ce qu'on a envie d'entendre souvent tout bas. Taisez-vous, tabou, tirez les verrous.
Heureusement, il y a l'art et quelques artistes comme Didier Faustino cet art-chitecte qui est exposé en ce moment au Magasin et qui fait voler les barrières dans "La rue", sous la verrière d'Eiffel, dans une revigorante tornade libertaire ! Des étoiles noires jonchent le sol, des astres ou désastre de ces rares corps désincarnés qui ne savent plus communiquer sans masque. On est dans une cathédrale de l'art contemporain, tout y est un peu éthéré ou conceptualisé mais quel bonheur de prendre un peu de hauteur, on se laisser aller à rêver d'un monde meilleur. Sauf que déjà les hautes portes se sont déjà refermées, les salariés font corps et grève eux contre leur directeur après une longue période de mutisme et on se demande combien de temps il faudra aux barricades pour redescendre de leur voûte et nous de notre nuage.
Vos papiers s'il vous plaît. Dehors, aux frontières, les files humaines continuent de s'allonger... inhumaines. En Hongrie ils viennent d'autoriser à tirer dans le tas. Et je repense aux crucifixions en fils barbelés d'Adel Abdessemed, cet artiste d'origine algérienne dont les œuvres à la sombre beauté m'avaient tant frappée à l'époque par leur violence, quand il avait exposé au Magasin lui aussi il y a quelques années. Dans la même rue, il nous avait enfermés dans une sorte d'armature de fer en forme de cercueil et on s'était laissés faire sans rien voir bien sûr : Adel nous avait expliqué que cela symbolisait la fin des utopies. Un cercueil de rêves... Mais j'ai déjà épuisé les 2500 caractères... qu'est-ce que je voulais dire au fait ? bien pouvoir dire ?

 

Article : Véronique Granger  
Photo : Nina Moreno

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