Des kurdes joailliers hors pair dans la rue

jan 08, 2016 / 0 comments

Aujourd'hui samedi 26 décembre 2015, l'Association iséroise des Amis des Kurdes invite à manifester, à Grenoble : "Après avoir délibérément rompu le processus de paix avec le mouvement kurde en juillet de cette année, l’Etat turc a déclenché une guerre sans merci contre les Kurdes".
Me voilà replongée à la fin août à Malaga en Espagne, dans le quartier populaire où ma mère vit : une famille est installée sur le trottoir, en face du Sol y Sombra, ce bar où tous les jours nous aimons consommer café, jus d'orange naturel ou "churros" ! Je suis intriguée par cette belle famille. Elle, blonde bronzée aux yeux clairs, enceinte. Un maintien altier, telle une princesse, assise à même le sol, avec devant elle des bijoux à vendre. Lui, fier, avenant, souriant, les cheveux longs attachés dans le dos. Devant lui, tous les outils du joaillier pour travailler l'or, l'argent, monter des pierres de valeur. Et leurs trois garçons, peau très mate, se ressemblant tous. Tous les jours, je les découvre davantage. Et à chaque fois, je leur achète un bijou. Leur savoir-faire est considérable.
La première fois, il me dit qu'il parle huit langues. Me voilà fascinée par ces gypsies qui ont fuit le Kurdistan en traversant toute l'Europe et qui sont là, dignes, sur ce trottoir brûlant d'Andalousie. Le plus grand, dix-huit ans environ, m'affirme en anglais : "C'est ici que nous souhaitons vivre. Le climat est agréable et les habitants du quartier sont bienveillants". Son père renchérit en espagnol : "Les pires sont les allemands. Nous n'avons senti aucune solidarité. Ils ne vivent que pour payer leurs maisons de retraites!" Propos étonnants, tenus un mois avant les déclarations d'Angela Merckel ouvrant largement les frontières de l'Allemagne aux migrants.
Le jour suivant, ils affichent sur un carton qu'ils sont à la recherche d'un appartement et qu'ils peuvent avancer cinq mois de loyers. J'apprends alors qu'ils dorment depuis trois mois sur la plage. J'ose à peine imaginer cette famille entière dormant sur le sable. Mais que font-ils alors de leurs outils de travail, des matières premières quelquefois précieuses...
Retour à la réalité grenobloise. Le communiqué précise : "A ce jour, la guerre antikurde… a entraîné la mort de 186 civils, des femmes et des enfants en majorité. Des centaines de civils ont par ailleurs été blessés et des dizaines de milliers ont dû fuir les zones assiégées par l’armée turque."
Il y a quelques jours, mon frère, habitant le quartier, me donne de leurs nouvelles : "ils ont trouvé un logement, mais ils ont perdu leur bébé à cause de leurs mauvaises conditions de vie".
Aujourd'hui, je me joins à l'association iséroise, pour dire "Non à la négation et au massacre des Kurdes par l’Etat turc !", en pensant à cette famille à Malaga, qui souhaiterait vivre libre et en dignité sur son territoire !  
 
Texte et photo : Nina Moreno            
 

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